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COVID 19 Insights
Par Beata Caranci
• 15 déc. 2020
première vice-présidente et économiste en chef

Le 15 décembre, les Services économiques TD ont publié leurs prévisions économiques trimestrielles intitulées « COVID-19, Vaccines, Knowns & Unknowns » (COVID-19, vaccins, éléments connus et inconnus). Ces prévisions sont présentées sous forme de foire aux questions et comprennent les questions jugées les plus pertinentes pour les perspectives économiques, en commençant par l’impact de la récente hausse du nombre de cas de virus et les faits nouveaux en ce qui a trait au vaccin. Le rapport complet, qu’on peut trouver ici, porte aussi sur certaines questions géopolitiques : la performance de la Chine durant la pandémie, le risque imminent de l’absence d’accord entre le Royaume-Uni et l’Union européenne et l’incidence possible de l’administration Biden sur les perspectives économiques. Vous trouverez ci-dessous quelques questions tirées du rapport.

Beata Caranci
Première vice-présidente et économiste en chef
Groupe Banque TD

Comme nous l’avons fait au dernier trimestre, les prévisions économiques trimestrielles sont présentées sous forme de foire aux questions. Nous avons posé les questions que nous jugeons les plus pertinentes pour les perspectives économiques, en commençant par l’impact du récent bond du nombre de cas de virus et les faits nouveaux en matière de vaccin, et nous y avons répondu. À partir de là, nous nous penchons sur certaines questions géopolitiques : la performance de la Chine durant la pandémie, le risque imminent de l’absence d’accord entre le Royaume-Uni et l’Union européenne et l’incidence possible de l’administration Biden sur les perspectives économiques. Nous concluons avec d’autres questions urgentes concernant les perspectives à court terme (la durabilité du récent boum du secteur de l’habitation) et certaines réflexions sur les impacts à moyen terme de la crise et la façon dont les gouvernements paieront.

Q3. L’aggravation de la deuxième vague freinera-t-elle la reprise au Canada?

  • Même si le nombre de cas et les taux d’hospitalisation selon la population au Canada n’ont pas atteint ceux des États-Unis, les gouvernements provinciaux exercent des pressions pour imposer des restrictions plus importantes depuis octobre par rapport à leurs homologues américains. Pourtant, ces mesures sont nettement moins contraignantes que les mesures de confinement généralisées mises en œuvre au printemps.
  • Le Québec a fermé des commerces à contacts élevés, comme les bars, les casinos, les cinémas et les restaurants intérieurs, dans les grandes municipalités pendant le mois d’octobre et jusqu’au mois de janvier. L’Ontario a fait passer les points névralgiques du virus de Toronto, de Peel et de Windsor-Essex au stade de confinement pendant au moins 28 jours. Cette décision étend les restrictions annoncées précédemment (c.-à-d. la fermeture des restaurants intérieurs) aux activités de vente au détail non essentielles, bien que les écoles demeurent ouvertes. L’Alberta s’est récemment jointe à la liste en imposant la fermeture de certains commerces similaires pour au moins quatre semaines dans l’ensemble de la province.
  • Ces restrictions devraient avoir un effet modérateur sur l’activité et l’emploi à court terme. En effet, les répercussions se manifestent déjà dans les données économiques de haute fréquence. Les données hebdomadaires sur les dépenses de la TD montrent une baisse des dépenses dans les provinces où les restrictions sont les plus contraignantes (graphique 3).
  • Sur le plan du PIB, la deuxième vague du virus et les restrictions connexes pourraient retrancher au moins un point de pourcentage complet (annualisé) à la croissance du PIB canadien au quatrième trimestre. Toutefois, comme aux États-Unis, un départ plus solide qu’on ne l’avait prévu en septembre se traduirait par le maintien du taux de croissance du Canada à 2,6 % (annualisé), ce qui est supérieur à notre prévision de septembre.
  • Il est important de garder à l’esprit que, contrairement au printemps, les secteurs les plus touchés par les rajustements des politiques fonctionnaient déjà à une capacité considérablement réduite. L’incidence sur la croissance devient donc plus limitée que par le passé, étant donné le point de départ plus bas. De plus, d’autres secteurs sont mieux positionnés aujourd’hui pour résister à la marée, comme les services professionnels et l’éducation.
  • Étant donné la concentration des confinements à la fin de l’année, nous prévoyons que l’incidence maximale sur le PIB réel se fera sentir au premier trimestre de 2021. Cela s’accompagne toujours d’un assouplissement progressif des restrictions et d’une accélération de l’activité économique au cours du trimestre. Toutefois, le froid hivernal empêchera les entreprises, en particulier celles des services de restauration et d’hébergement, de fonctionner à une capacité beaucoup plus élevée. Il faudra une plus grande disponibilité du vaccin, ce qui devrait à notre avis se produire au deuxième trimestre, pour renforcer la confiance des consommateurs et des entreprises et stimuler l’activité économique.
  • Un autre élément qui a contribué aux perspectives de croissance du Canada pour 2021 et par la suite tient dans les plans du gouvernement fédéral pour garder les robinets budgétaires grand ouverts. Dans son récent énoncé économique, le gouvernement fédéral a annoncé des mesures d’environ 25 milliards de dollars, y compris une augmentation des subventions salariales et un soutien aux secteurs durement touchés. De plus, des dépenses supplémentaires de 70 à 100 milliards de dollars sont prévues pour les trois prochaines années, à mesure que l’économie se redressera, mais les détails, à l’heure actuelle, sont rares.
  • Nous prévoyons une solide croissance jusqu’à la fin de 2021, afin de compenser les points de friction à court terme causés par le resserrement des restrictions et la hausse du nombre de cas.

Q4. Qu’est-ce que la possibilité de la disponibilité d’un vaccin plus tôt que prévu signifie pour les perspectives?

  • Il y a eu des progrès notables en matière de vaccin. Il y a plus de 200 vaccins candidats à l’étude, dont 13 à l’étape finale des essais. Deux de ces vaccins – ceux de Pfizer/BioNtech et de Moderna – se sont révélés efficaces à 95 % et celui de Pfizer est déjà disponible.
  • Voyant enfin la lumière au bout du tunnel, les secteurs des services aux consommateurs à contacts élevés, comme les restaurants, les centres commerciaux et les voyages, devraient être ceux à qui profitera le plus la distribution à grande échelle du vaccin. Cela éliminerait probablement la nécessité d’atteindre un certain seuil d’immunité pour l’ensemble de la population. Les risques pour la santé diminueraient considérablement si la distribution du vaccin ciblait les personnes les plus vulnérables de la population. Tout assouplissement subséquent des restrictions gouvernementales perçu comme permanent jetterait les bases d’un raffermissement des investissements des entreprises et de l’embauche. Par exemple, au Canada, le taux de participation à la campagne de vaccination contre la grippe a été de 42 % en 2019, ce qui est nettement supérieur aux deux années précédentes. Toutefois, les personnes de plus de 65 ans ont affiché un taux de participation de 70 %.
  • Par conséquent, nous avons ajusté nos prévisions de base pour « devancer » le moment de la distribution généralisée du vaccin au printemps. Cela se produit environ un trimestre plus tôt que notre hypothèse précédente et compense en partie l’effet négatif de la stigmatisation économique à court terme qui se produirait dans le cadre de la récente hausse des cas. La révision à la hausse de notre hypothèse relative à un vaccin au deuxième trimestre devrait rehausser d’environ 0,5 point de pourcentage les perspectives de croissance annuelle moyenne du PIB réel aux États-Unis et au Canada pour 2021.
  • Nous devons faire preuve d’humilité et de prudence à l’égard de cette hypothèse. Plusieurs pays ont déjà commencé à déployer le vaccin, mais le moment exact de sa distribution demeure incertain et les défis logistiques créent une autre situation sans précédent. Les vaccins de Pfizer et de Moderna sont assortis d’exigences de stockage rigoureuses. Ces difficultés peuvent être surmontées dans les économies avancées, mais elles constituent une barrière plus importante pour les marchés émergents qui ont une infrastructure et une logistique déficientes. En revanche, un troisième vaccin conçu par Oxford Astra-Zeneca peut être conservé au réfrigérateur, ce qui en facilitera le transport à l’échelle mondiale.
  • Toutefois, la plupart des marchés émergents ne peuvent tout simplement pas se payer le vaccin. Le prix élevé signifie que les vaccins sont généralement accessibles aux économies avancées qui ont déjà commandé des milliards de doses (graphique 4). Le « nationalisme des vaccins » constitue un autre obstacle pour l’économie mondiale, car il pourrait faire en sorte que la population des marchés émergents ne soit pas vaccinée avant une longue période, ce qui accentuerait le décalage entre la reprise des économies avancées et celle des économies émergentes. Même au sein des économies avancées, l’accès dépend de plusieurs facteurs, notamment l’approbation des autorités nationales en matière de médicaments, les capacités logistiques et les lieux de fabrication ou d’essai.
  • Les bonnes nouvelles concernant les vaccins ont été saluées par les marchés financiers, les actions s’étant redressées et les titres à revenu fixe ayant fait l’objet de ventes massives. Comparativement à il y a à peine quelques mois, les attentes à l’égard du taux des fonds fédéraux sur 10 ans ont augmenté d’environ 40 points de base, pour s’établir à 0,7 %. Même après la récente hausse des taux obligataires, les cours boursiers pourraient toujours être trop conciliants. Le retour à des taux directeurs plus élevés (bien que ce soit dans quelques années) devrait être plus rapide que ce que les cours actuels du marché laissent entendre. Si le cours des fonds fédéraux suit une trajectoire conforme à la nôtre (première hausse en 2024), le taux des bons du Trésor américain à 10 ans devrait passer à 1,5 % d’ici la fin de l’année prochaine.

Q8. Quelle est l’incidence éventuelle des résultats de l’élection américaine sur le Canada?

  • Les relations commerciales, qui ont été de plus en plus tendues au cours des quatre dernières années, devraient s’améliorer. Toutefois, le protectionnisme commercial demeure populaire chez les Américains et le parti démocrate, et même si M. Biden semble plus susceptible d’éviter les tarifs punitifs, les dispositions « Buy American » et d’autres points de friction potentiels pourraient bien se poursuivre.
  • Le président élu a fait campagne pour faire passer l’impôt sur le revenu des sociétés de 21 % à 28 %. Si les républicains s’accrochent au Sénat, cela ne sera probablement pas réalisé, ce qui signifie que le Canada continuera d’afficher des taux d’imposition des sociétés fédéraux et provinciaux combinés plus élevés, à environ 27 %. Cela pourrait demeurer un désavantage concurrentiel pour le Canada, mais l’histoire montre que les décisions d’investissement des entreprises ne se limitent pas au taux d’imposition. Au cours de la période de 2014 à 2017, juste avant la mise en œuvre de la Tax Cuts and Jobs Act, le taux d’imposition des sociétés au Canada était beaucoup plus faible et le taux de croissance des investissements des entreprises, tant globaux que pour les secteurs autres que pétrolier et gazier (graphique 8), était encore inférieur à celui des États-Unis.
  • Les priorités environnementales de la nouvelle administration pourraient avoir une plus grande incidence sur la compétitivité que les taux d’imposition seulement. Les risques de baisse sont élevés pour le secteur canadien de l’énergie, en particulier l’annulation du permis de Keystone XL.
  • Toutefois, des occasions pourraient se trouver ailleurs. La taxe canadienne sur le carbone et d’autres politiques d’atténuation des changements climatiques devraient être accueillies favorablement par la nouvelle administration et pourraient créer des occasions d’investissement dans l’énergie verte. Par exemple, la société Ford a investi 1,35 milliard de dollars américains pour transformer son complexe d’assemblage d’Oakville afin d’y inclure des véhicules électriques à batterie (VEB) en 2024.
  • D’un point de vue peut-être moins concret, mais tout de même important, la nature volatile de l’élaboration des politiques, un élément de base de l’administration précédente, fera place à une approche plus traditionnelle. Cela devrait donner plus de certitude à l’orientation des politiques futures, ce qui pourrait inciter les entreprises canadiennes à effectuer des investissements qu’elles auraient autrement repoussés.

Q9. En quoi la reprise économique a-t-elle été différente aux États-Unis et au Canada?

  • Bien que les économies du Canada et des États-Unis aient été durement touchées au début de la pandémie, les deux pays n’ont depuis pas suivi la même trajectoire. Les États-Unis se sont mieux comportés sur le plan de la production et des ventes, mais le Canada s’en est mieux tiré à l’égard du marché de l’emploi. L’économie canadienne a connu une contraction plus prononcée au premier semestre de 2020 et un rebond plus marqué au début du troisième trimestre. Sur une base nette, toutefois, la situation du Canada est toujours légèrement moins reluisante qu’il y a un an en ce qui a trait au PIB réel, qui a reculé de 5,2 % par rapport à 2,9 % aux États-Unis.
  • En revanche, le Canada se démarque nettement en ce qui a trait au marché du travail. En novembre, il a récupéré plus de 80 % des emplois perdus en mars et en avril, contre environ 65 % aux États-Unis.
  • Le Canada a aussi regagné une plus grande part du marché de l’emploi à temps plein, et les Canadiennes ont aussi mieux réussi à retrouver un emploi (graphique 9). Certains pourraient trouver surprenant que le taux d’activité des Canadiennes d’âge moyen soit maintenant supérieur au niveau de février, alors qu’aux États-Unis, le taux demeure inférieur de deux points de pourcentage à ce seuil. Le Canada surpasse également les États-Unis en ce qui a trait à la participation des hommes au marché du travail, bien que le taux demeure inférieur à son niveau d’avant la crise dans les deux pays.
  • Même si la reprise du marché du travail au Canada a surpassé celle des États-Unis sur plusieurs plans, le taux de chômage aux États-Unis a diminué plus rapidement. D’avril à novembre, le taux de chômage aux États-Unis a chuté de plus de huit points de pourcentage, pour s’établir à 6,7 %, tandis que celui du Canada a fléchi d’un peu plus de cinq points de pourcentage (depuis son sommet en mai). Toutefois, ce contraste dans la dynamique sous-jacente nous rappelle que le taux de chômage aux États-Unis surestime la vigueur du marché de l’emploi. La population active compte quatre millions de travailleurs de moins que le niveau de février, ce qui indique que les gens ont renoncé à chercher du travail, ou qu’ils sont incapables de travailler pour d’autres raisons (comme la prestation de soins et autres contraintes).
  • Comme nous l’avons écrit (voir le rapport), de nombreux facteurs ont probablement contribué au rendement supérieur du marché du travail canadien. Le succès relatif du contrôle de la propagation de la COVID-19 a permis une reprise plus solide durant les mois d’été, tandis que les politiques plus solides du marché du travail, comme les vacances payées et jusqu’à 26 semaines de congé non rémunéré pour les employés touchés par la COVID-19, ont maintenu le lien entre les Canadiens et leur employeur pendant la pandémie. Enfin, le soutien substantiel du gouvernement a stimulé l’emploi dans le secteur public, tandis que les États-Unis ont supprimé plus d’un quart de million d’emplois dans le secteur essentiel de l’éducation pendant la reprise. Un meilleur contrôle de la pandémie a permis à la plupart des conseils scolaires canadiens de reprendre l’apprentissage en personne à l’automne, tandis que 36 des 75 plus grands districts scolaires aux États-Unis ne l’ont pas fait et que de nombreux autres ont depuis changé de cap. Tous ces facteurs combinés contribuent probablement à empêcher certains parents de retourner au travail à temps plein.
  • Le Canada devrait maintenir son avance sur les États-Unis sur le plan de la croissance de l’emploi, même si le resserrement des nouvelles restrictions au nord de la frontière pourrait réduire l’ampleur de l’avance en matière de rendement. Les programmes de soutien du revenu, comme l’élargissement de l’assurance-emploi et la Prestation canadienne de la relance économique, ainsi que d’autres programmes du côté des entreprises (Subvention d’urgence du Canada pour le loyer), devraient contribuer à soutenir une reprise de l’emploi au Canada. Les États-Unis pourraient ne pas bénéficier d’un soutien semblable à court terme, tandis que les restrictions budgétaires à l’échelle des États et locale continueront de freiner la reprise aux États-Unis.
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