Principaux points à retenir
- La Banque du Canada (BdC) maintient son taux directeur à 2,25 %.
- Andrew Hencic, économiste à la TD, a déclaré que ce maintien était à prévoir. Les prix du pétrole demeurent élevés, mais ils n’ont pas encore exercé une pression suffisante pour justifier une hausse du taux directeur. En effet, compte tenu du ralentissement économique actuel au Canada, il est plus difficile pour les entreprises de répercuter la hausse des coûts sur les consommateurs.
- Selon Andrew Hencic, si les prix du pétrole restent élevés suffisamment longtemps, l’inflation pourrait grimper davantage.
La Banque du Canada (BdC) a annoncé pour la quatrième fois consécutive qu’elle maintenait son taux directeur à 2,25 %.
La décision du 10 juin marque plusieurs maintiens consécutifs en 2026, la BdC ayant également maintenu son taux en janvier, en mars et en avril.
Dans son annonce de taux, la BdC a dit : « L’activité économique au Canada a été faible, et l’incertitude entourant la politique commerciale américaine persiste. Le conflit au Moyen-Orient se poursuit, et les prix du pétrole demeurent élevés. Le Conseil de direction continue de regarder au-delà de l’impact à court terme de la guerre sur l’inflation globale, mais ne laissera pas les prix plus élevés de l’énergie se transformer en inflation persistante. »
Répercussions du maintien du taux de la BdC sur les Canadiens
Les institutions financières utilisent le taux directeur de la BdC comme référence pour établir leurs propres taux d’intérêt sur des produits comme les prêts hypothécaires à taux variable et d’autres types de prêts.
Si la BdC devait abaisser ou relever son taux directeur, les banques emboîteraient généralement le pas en réduisant ou en augmentant leur taux d’intérêt sur les produits à taux variable.
Le maintien du taux de la BdC a peu d’incidence sur la population canadienne détenant un prêt hypothécaire à taux variable.
Les prix du pétrole étaient élevés en 2022, ce qui a contribué à plusieurs hausses du taux directeur de la BdC. Pourquoi n’en est-il pas de même aujourd’hui?
Andrew Hencic, directeur et économiste principal à Services économiques TD, estime qu’il faudra peut-être du temps avant que les prix élevés du pétrole aient des effets plus marqués, surtout compte tenu de la conjoncture de l’économie canadienne, jugée faible.
Lorsque les prix du pétrole augmentent, le prix du litre d’essence augmente également.
« Pour les entreprises, cela signifie que le coût des intrants augmente, explique Andrew Hencic. Ainsi, du point de vue de la Banque du Canada, qui surveille les prix à la consommation, il s’agit de voir quelles décisions les entreprises prendront quant au transfert de ces coûts supplémentaires aux consommateurs. »
En 2022, les prix du pétrole et de certains produits de base (comme le blé) ont augmenté au début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.
« La flambée des prix du pétrole est très semblable aujourd’hui, indique Andrew Hencic. Ce qui diffère, c’est le reste du contexte économique. »
À la fin de 2021 et au début de 2022, les Canadiens sortaient des confinements liés à la pandémie. Le marché de l’emploi était vigoureux, les entreprises reconstituant leurs chaînes d’approvisionnement et leurs capacités.
De plus, de nombreux Canadiens avaient accumulé une épargne importante. Une fois les restrictions levées, lorsqu’ils ont pu dépenser de nouveau, ils avaient l’argent (et le désir) pour le faire. Ces facteurs ont permis aux entreprises d’augmenter plus facilement leurs prix dans l’ensemble.
« Ce sont des facteurs liés à la demande… Si les gens ont de l’argent, que les salaires augmentent et que la demande de main-d’œuvre est forte, il est un peu plus facile pour les entreprises de répercuter les coûts supplémentaires sur les consommateurs, car ils peuvent les prendre en charge », précise Andrew Hencic.
Face à la montée de l’inflation en 2022, la BdC a procédé à une série de hausses de taux pour tenter de la juguler.
Bien que l’inflation soit en hausse, les facteurs liés à la demande ne sont pas présents.
« Une augmentation rapide des prix repose habituellement à la fois sur une pression de l’offre et de la demande. Oui, le marché de l’énergie connaît un choc de l’offre, mais ce n’est pas le cas de la demande; la population ne souhaite pas dépenser ses économies », reconnaît Andrew Hencic.
Le marché du travail est au ralenti à l’heure actuelle, tout comme la croissance des salaires. Comme les entreprises cherchent à protéger leur part de marché dans un contexte économique plus incertain, elles ont plus de mal à décider si elles veulent ou non répercuter leurs coûts supplémentaires sur les consommateurs.
Toutefois, selon Andrew Hencic, plus les prix de l’énergie demeurent élevés longtemps, plus il devient difficile pour les entreprises de ne pas ajuster leurs prix.
« Ce ralentissement économique protège quelque peu des effets inflationnistes du choc du marché de l’énergie », explique-t-il, en faisant référence à une combinaison de facteurs, dont le marché du travail au ralenti et les prix du pétrole qui n’ont toujours pas fait grimper les prix (sauf à la pompe).
Dans ce cas, il est prudent d’adopter une approche attentiste et d’observer combien de temps les prix de l’énergie resteront élevés », conclut Andrew Hencic, en évoquant une éventuelle décision de la BdC d’augmenter son taux directeur.