S’orienter dans le système de soins de santé canadien n’est pas toujours simple, même pour les gens qui sont nés et ont grandi ici.
Alors pour de nombreux nouveaux arrivants, qui sont encore en train de s’adapter à un nouveau pays et à ses systèmes inconnus, accéder aux soins de santé peut s’avérer d’autant plus difficile. D’après une étude publiée dans le Journal of Immigrant and Minority Health, les barrières linguistiques, les longs temps d’attente et le manque d’options de transport font partie des nombreux obstacles rencontrés par ces personnes.
Et qu’en est-il des nouveaux arrivants adolescents, qui ne sont pas encore prêts pour les soins aux adultes, mais qui ne sont plus des enfants non plus? Ce sont encore des besoins totalement différents, comme le souligne Meriem Ferkli, navigatrice culturelle à l’Hôpital de Montréal pour enfants.
« Le passage des soins pédiatriques aux soins pour adultes est déjà difficile, mais pour certains nouveaux arrivants adolescents qui ont des besoins de santé spécifiques, cette transition devient encore plus complexe lorsqu’on y ajoute un nouvel environnement, un nouveau système et une nouvelle culture », précise-t-elle. Les nouveaux arrivants ont notamment souvent besoin de soutien pour composer avec la complexité du système de santé, surmonter les obstacles linguistiques et économiques et gérer les différences culturelles.
La clinique multiculturelle de l’Hôpital de Montréal pour enfants espère contribuer à répondre aux besoins particuliers des jeunes arrivants – en particulier les immigrants, réfugiés et demandeurs d’asile –, grâce en grande partie à une récente subvention de 500 000 $ accordée dans le cadre de La promesse TD Prêts à agir, la plateforme d’entreprise citoyenne de la TD.
Les fonds serviront à financer le Programme d’intervention pour les ados migrants de la clinique multiculturelle, qui vise à aider les jeunes arrivants admissibles à surmonter les obstacles entravant l’accès aux soins, à bénéficier des services essentiels et à s’engager dans une vie adulte saine. L’hôpital prévoit ainsi accompagner 200 à 300 nouveaux arrivants adolescents et leur famille au cours des deux prochaines années grâce à ce projet.
À cette fin, les adolescents admissibles seront jumelés à des navigateurs de patients. Employés par la clinique, ces derniers orientent les jeunes patients dans le système de soins de santé, veillent à ce qu’ils reçoivent les soins médicaux nécessaires et leur fournissent des outils pour les aider à être autonomes dans la gestion de leur santé en vue de leur passage à l’âge adulte.
Les navigateurs de patients aideront les jeunes arrivants qui participent au programme à se familiariser avec les ressources de santé offertes à Montréal, et ce, au fil de diverses interactions. Ils s’occuperont par exemple de les accueillir chaleureusement à la clinique multiculturelle, d’orienter les familles vers les ressources à leur disposition et de collaborer avec les fournisseurs de soins de santé pour s’assurer que les programmes de soins sont appliqués.
« Le navigateur joue en quelque sorte le rôle d’un phare : il guide les adolescents et leur famille vers les ressources appropriées et facilite leur passage vers les soins pour adultes », explique Meriem Ferkli.
Patricia Li, pédiatre à l’Hôpital de Montréal pour enfants, chercheuse à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill et responsable du programme, affirme que le recours à des « navigateurs » a augmenté ces dernières années dans le secteur des soins de santé. L’objectif de cette augmentation est d’aider les jeunes arrivants qui ont besoin d’un accompagnement supplémentaire à mieux s’y retrouver dans le système de soins de santé, ce qui est souvent un enjeu vital s’ils ont un besoin urgent de soins personnalisés à leur arrivée au Canada. Selon Patricia Li, les nombreux obstacles et lacunes du système peuvent avoir « des conséquences assez graves, en particulier lorsque les jeunes passent des soins pédiatriques aux soins pour adultes ».
Elle explique que les jeunes arrivants qui souffrent d’une maladie chronique, comme le diabète ou une maladie rénale, peuvent venir à manquer de médicaments. « Il est possible qu’ils ne reçoivent pas les soins préventifs appropriés et peuvent en fin de compte se retrouver aux urgences, où ils risquent de souffrir de complications potentiellement mortelles liées à leur maladie. »
Pour concevoir le Programme d’intervention pour les ados migrants, Patricia Li s’est appuyée sur les leçons qu’elle a tirées de précédents projets pilotes de navigateurs. Également destinés aux enfants et jeunes migrants, ceux-ci avaient été mis en place à la clinique multiculturelle de l’Hôpital de Montréal pour enfants, conjointement avec la clinique Compass de l’hôpital St. Michael’s, à Toronto.
Cette expérience a permis à Patricia Li et à sa collègue de Toronto, la docteure Shazeen Suleman, de se rendre compte que leurs « programmes de navigateurs de patients comportaient des lacunes, du fait qu’ils ne répondaient pas aux besoins uniques des adolescents et des jeunes », tout particulièrement au besoin d’un accompagnement à la transition des soins pédiatriques vers les soins pour adultes.
Les nouveaux arrivants eux-mêmes ont pu donner leur avis. « Nous avons créé le programme en collaboration avec les familles, en tenant compte de leurs points de vue et de leur expérience afin de remédier à ce type de problèmes et aux lacunes auxquelles elles se heurtent en matière de soins, précise Patricia Li. Il a été façonné par les témoignages de ces familles et par leur vécu. »
Selon Patricia Li, l’empathie est l’une des principales qualités que son équipe recherche lorsqu’elle recrute des navigateurs. « Ils doivent faire preuve de ce que nous appelons “l’humilité culturelle” et la “sécurité culturelle”. Autrement dit, ce sont des personnes à l’écoute, qui sont conscientes de leurs propres préjugés et qui sont en mesure de comprendre le contexte de la vie des gens et de saisir en partie leur culture et le lien avec l’expérience qu’ils ont vécue ».
D’après les résultats des projets pilotes menés à Montréal et Toronto, l’équipe du Programme d’intervention pour les ados migrants prévoit entre autres retombées positives une diminution du nombre de rendez-vous manqués à la clinique, une diminution des visites aux services d’urgence, une augmentation du nombre d’interprètes disponibles lors des rendez-vous (au besoin) ainsi qu’une plus grande proportion de patients venant à la clinique qui sont examinés par un docteur et qui réalisent les éventuels tests nécessaires le même jour.
Au bout du compte, les organisateurs espèrent pouvoir recueillir des données qui attestent des retombées positives du programme, de sorte qu’il puisse servir de modèle pour la mise en place de programmes semblables ailleurs.
Le regard tourné vers l’avenir
Le don de la TD au profit du Programme d’intervention pour les ados migrants s’inscrit dans un engagement sur 10 ans auprès des Fondations d’hôpitaux pour enfants du Canada (FHEC). Déployé dans le cadre de La promesse TD Prêts à agir, cet engagement vise à s’attaquer à des problèmes sociaux fondamentaux, y compris l’accès aux soins de santé pour les adolescents.
« Arriver dans un nouveau pays comporte son lot de défis, et je suis fier que la TD appuie l’Hôpital de Montréal pour enfants afin de faciliter cette transition pour les nouveaux arrivants et leur famille », se réjouit Abe Adham, président de la direction du Québec pour le Groupe Banque TD.
« En soutenant des solutions novatrices en matière de soins de santé, la TD apporte son aide à des organismes qui s’emploient à éliminer les obstacles entravant l’accès aux soins pour les adolescents et leur famille tandis qu’ils s’établissent dans leur nouveau pays. »
Patricia Li ajoute que lorsque les nouveaux arrivants sont confortablement installés au Canada et qu’ils reçoivent les soins de santé dont ils ont besoin, ils se tournent souvent vers l’avenir et se projettent même dans le secteur de la santé.
« Beaucoup de jeunes que nous soutenons sont intéressés par une carrière et un avenir en santé. Je suis ravie de les aider à acquérir des compétences en leadership et en travail d’équipe pour qu’ils puissent réellement contribuer à façonner l’avenir de notre système de santé et être des leaders pour nous », confie-t-elle.
« Ils ont vraiment envie de redonner au système qui les a aidés à s’établir au Canada. »
Pour en savoir plus sur les contributions de la TD à une Meilleure santé, visitez la page de La promesse TD Prêts à agir.