ChiChi, qui nous a demandé de n’utiliser que son prénom, nourrissait de grands espoirs quand elle a quitté les Philippines en 2012 pour s’installer au Canada et faire carrière dans les soins infirmiers.
Sa vie a toutefois pris un tournant inattendu lorsqu’elle s’est retrouvée sans emploi, avec un bébé de 10 mois et vivant seule à Toronto.
« Je me souviens d’avoir pensé : je suis finie. Je ne peux pas avancer. Voilà ma vie. Je pensais que c’était la fin », se souvient ChiChi, qui décrit cette période comme le moment où elle a « touché le fond ».
Elle a trouvé une travailleuse sociale qui lui a recommandé de faire une demande pour le programme Homeward Bound, dirigé par l’organisme WoodGreen Community Services.
Le programme novateur de Toronto offre à des mères monoparentales une gamme de services qui les aident à passer de l’insécurité financière et de l’itinérance à un emploi stable. Les participantes reçoivent un logement abordable pendant quatre ans, une formation collégiale entièrement financée de deux ans dans un domaine pratique et recherché, ainsi qu’un accès à des services de garde d’enfants, à des programmes parascolaires, à du mentorat, à du soutien en santé mentale et à des services de consultation familiale.
Dans la dernière année du programme, les participantes sont inscrites à un programme de stage non rémunéré de 14 jours pour acquérir de l’expérience en milieu de travail. Elles reçoivent aussi de l’aide pour rechercher un emploi et ont l’occasion de faire du réseautage.
ChiChi a terminé le programme en avril 2021, décrochant un diplôme en administration des affaires du Collège George Brown. Quelques mois plus tard, elle a obtenu une entrevue à la TD et décroché le poste d’agente, Opérations, Gestion de patrimoine, qu’elle occupe encore aujourd’hui.
À ce titre, ChiChi appuie les conseillers et les clients en traitant des demandes liées aux comptes pour assurer l’exactitude des opérations et leur conformité aux politiques.
« Je suis très reconnaissante d’avoir pu compter sur ce système de soutien pour me remettre sur pied, dit-elle.
Le programme m’a appris qu’il existe des gens qui croient aux femmes et investissent en elles, peu importe ce qui leur est arrivé dans la vie. Ça a été un aspect majeur pour moi. Je n’aurais jamais pu imaginer être aussi heureuse. »
Des retombées générationnelles
Quand il est question de promouvoir l’indépendance financière des mères monoparentales, la réussite d’Homeward Bound montre qu’investir dans les femmes est non seulement avantageux pour les participantes, mais aussi pour leurs enfants et la collectivité.
En 2018, WoodGreen a demandé à l’entreprise Constellation Consulting Group d’évaluer objectivement la réussite du programme. Les résultats ont révélé que 88 % des participantes décrochaient un emploi avantageux ou étaient aux études dans les cinq ans suivant la fin du programme. Les données ont montré que 94 % des participantes avaient un logement stable, 67 % vivant dans un loyer du marché et 8 % étant propriétaires de leur demeure. En moyenne, les participantes travaillant à temps plein gagnaient environ 43 000 $ par an.
La Banque soutient Homeward Bound depuis ses débuts, il y a plus de 20 ans, lorsqu’Ed Clark, ancien chef de la direction de la TD, a fait un don personnel d’un million de dollars au programme. Ce don a permis d’acheter un immeuble dans l’est de Toronto pour fournir un logement stable aux femmes et à leurs enfants.
Par ailleurs, Ed Clark a créé ce qui est devenu le Homeward Bound Industry Council, qui fait le pont entre des leaders d’entreprise et le programme pour offrir des occasions concrètes aux participantes.
Yordanka Petrova, directrice des programmes Homeward Bound et Neighbourhood, affirme que la Banque continue d’offrir son appui.
En effet, la TD a récemment versé un don de 500 000 $ au programme, portant le total de ses dons offerts à WoodGreen par l’entremise de La promesse TD Prêts à agir, la plateforme d’entreprise citoyenne de la TD, à 1 792 000 $ depuis 2018.
WoodGreen a en outre reçu une subvention d’un million de dollars au titre du défi TD Prêts à agir 2023 qui, cette année-là, mettait l’accent sur des organismes dont les programmes novateurs visaient à éliminer les obstacles systémiques au logement abordable.
Selon Mme Petrova, le soutien de ces programmes peut non seulement améliorer directement le parcours de ses participantes, mais aussi celui de leurs enfants. Elle raconte qu’il y a quelques années, un étudiant inscrit à un programme axé sur les services sociaux du Collège George Brown l’a contactée après avoir choisi Homeward Bound comme sujet pour l’un de ses travaux.
Durant l’entrevue, Mme Petrova se souvient avoir été très impressionnée par les connaissances de l’étudiant sur le modèle Homeward Bound, notamment en ce qui concerne le logement, la garde d’enfants et le soutien aux études. Vers la fin de l’entrevue, on pouvait entendre les enfants jouer à l’extérieur de son bureau. L’étudiant s’est interrompu, puis lui a révélé qu’il avait déjà été l’un de ces enfants.
« Il m’a confié que, sans le programme, il ne sait pas où lui et sa mère en seraient aujourd’hui. Il a raconté qu’en plus de procurer un sentiment de sécurité à sa mère, il a changé le cours de leur vie à tous les deux », dit-elle.
Une fois arrivé à l’université, il avait à cœur de travailler dans le domaine des services sociaux, connaissant bien la portée sur les familles de ces programmes et de l’appui du secteur.
« C’était un moment fort émouvant qui a capturé tout ce sur quoi repose Homeward Bound », explique Mme Petrova.
« Leurs compétences comptent vraiment » : offrir des occasions économiques aux femmes
Mme Petrova affirme que l’appui de la TD n’est pas seulement financier. En effet, de hauts dirigeants de la Banque ont présidé le Homeward Bound Industry Council. Ils ont aussi joué un rôle déterminant dans l’élaboration de la stratégie et des partenariats du programme, veillant à ce que les entreprises y contribuent concrètement au moyen de stages, d’emplois, de mentorat et de sensibilisation.
La Banque favorise également l’emploi avec, à ce jour, 41 stages donnés à des participantes et 39 possibilités d’emploi offertes à des femmes ayant terminé le programme.
« Bien des femmes que nous soutenons doivent faire face à une multitude d’obstacles et de défis comme la pauvreté, l’itinérance et un accès limité à l’emploi, à l’éducation et à la garde d’enfants, pour ne nommer que ceux-là, explique Mme Petrova. Grâce à l’aide de la Banque, nous équilibrons les chances pour ces familles.
Cet appui envoie un message clair : ces femmes ont leur place dans le milieu des affaires, leurs compétences comptent vraiment et leur réussite mérite d’être facilitée. C’est une forme de justice économique pour les femmes. »
Les femmes qui ont suivi le programme Homeward Bound apportent un profil unique à leur milieu de travail, puisqu’elles ont dû jongler avec un emploi, des engagements personnels, des études et la parentalité, le tout en composant avec des systèmes bureaucratiques complexes et un budget très limité. Mme Petrova ajoute que surmonter ces obstacles leur a permis d’acquérir un point de vue et une capacité de résolution de problèmes hors du commun.
Le programme, qui célèbre son 22e anniversaire en 2026, continue d’évoluer. WoodGreen a récemment établi un partenariat avec Toronto Community Housing pour offrir des services à plus de 50 familles qui, quoique déjà logées, ont besoin d’autres services offerts par le programme Homeward Bound.
WoodGreen élargit aussi les secteurs avec lesquels il collabore pour inclure ceux des soins infirmiers et de la construction. Mme Petrova affirme qu’il y a quelques semaines, une de leurs participantes a obtenu un poste avec un salaire de départ de 72 000 $.
« Je n’aurais pas pu demander mieux »
Amrita Ghosh, adjointe à la direction dans l’équipe Direction corporative de la TD, a terminé le programme Homeward Bound il y a plus de 10 ans.
Comme ChiChi, elle se souvient de son arrivée au Canada. Nouvelle immigrante de l’Inde, elle était au pays depuis moins d’un an quand elle a réalisé que son mariage ne pouvait plus durer et qu’elle devait quitter son mari. Son fils avait alors deux ans et demi.
« Je n’avais pas de famille ici. Je ne connaissais absolument personne, confie-t-elle. Je venais d’obtenir mon premier emploi, et la situation à la maison devenait de plus en plus difficile. »
Cherchant des options lui permettant de partir, elle a communiqué avec un organisme offrant des services sociaux pour se renseigner.
Pour sa famille en Inde, se rendre dans un refuge aurait été du jamais vu. Toutefois, quand Mme Gosh s’est vue offrir une place, elle a sauté sur l’occasion sans hésiter.
Elle se souvient d’être partie du travail, d’avoir rassemblé autant d’affaires qu’elle pouvait pour son fils et elle, puis d’être allée le chercher à la garderie en taxi.
« On aurait dit un film », se rappelle-t-elle.
Peu de temps après, Mme Gosh a dû quitter son emploi pour s’occuper de son fils. Elle était au refuge depuis deux mois quand elle a découvert le programme Homeward Bound. Elle voulait à tout prix construire une vie meilleure pour elle et sa famille. Elle a donc soumis une demande pour le programme, qui a été acceptée.
« Je n’aurais pas pu demander mieux. Quand vous vous retrouvez toute seule avec un enfant dans un nouveau pays, que vous avez peur et que vous vous sentez isolée, la première chose que vous recherchez est une communauté de personnes qui peuvent vous aider. »
« J’avais un diplôme en science politique et de l’expérience de travail, mais traverser une épreuve personnelle de cette ampleur était très éprouvant. Le programme Homeward Bound m’a donné de l’espoir et m’a fait comprendre que j’allais m’en tirer. »
Durant le programme, Mme Gosh a obtenu un diplôme d’études supérieures en ressources humaines. Toutefois, trouver un emploi n’a pas été facile. Elle était en concurrence avec de nombreuses autres candidates qualifiées. Mais après quelques rondes d’entrevue, elle a été embauchée à la TD.
« Quand la TD soutient ce genre d’organismes, elle ne fait pas qu’aider les mères. Elle soutient aussi la prochaine génération. Quand les mères ont un emploi stable, leurs enfants en profitent directement », affirme-t-elle.
L’expérience de Mme Gosh l’a encouragée à soutenir d’autres femmes, en particulier des mères, qui ont besoin d’aide pour composer avec des enjeux personnels semblables. Elle a même recommandé des gens au programme Homeward Bound.
« C’est enrichissant d’aider des femmes qui vivent une situation similaire. J’ai envie de transmettre ce que j’ai appris à d’autres, parce que ce n’était pas facile d’apprendre à composer avec tout ça, surtout dans un nouveau pays », conclut Mme Gosh.