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• 28 janv. 2021

Un soir en 2009, la journaliste Camille Dundas était en poste lorsque le téléphone a sonné.

Bien qu’elle l’ignorait au moment de prendre l’appel, Dundas allait tenir une conversation qui révolutionnerait son travail de journaliste dans les médias grand public.

La voix au bout du fil appartenait au frère d’un homme dont la photo signalétique a circulé au moins une douzaine de fois comme auteur présumé d’un crime dans un reportage diffusé sur les ondes du réseau d’information où Dundas travaillait.

« Il m’a dit : “mon frère vient d’être acquitté. J’aimerais savoir si vous ferez un article de suivi.” » Dundas s’est souvenue du dossier.

Elle savait que la réponse serait probablement négative.

À titre de journaliste, Dundas était habituée à raconter des histoires mettant en scène des personnes accusées de crimes. On diffusait souvent leur visage leur nom bien avant qu’un verdict d’innocence ou de culpabilité ne soit donné. Selon son expérience, elle avait constaté que ces histoires portaient plus souvent sur de jeunes hommes noirs. Et leur histoire ne faisait pratiquement jamais l’objet d’un suivi.

« Ce n’était pas notre façon de faire », a dit Dundas. « C’était comme si on salissait quelqu’un dans un reportage criminel et que cela n’avait pas réellement d’incidence sur ces hommes et leur famille. C’était faux, bien sûr. »

Dundas s’est alors mise à penser que son travail la rendait inconsciemment complice d’un certain préjugé dommageable.

« C’était troublant d’admettre que je m’étais désensibilisée à ces inégalités, et que je propageais la douleur dans ma propre collectivité ou contribuais, dans mon travail, à l’idée préconçue que les communautés noires étaient principalement violentes », dit-elle.

C’est à partir de ce soir-là que Dundas s’est graduellement tournée vers une carrière dans les médias indépendants et qu’elle a adopté un point de vue beaucoup plus diversifié dans les histoires qu’elles racontent.

Comme beaucoup d’autres journalistes noirs qu’elle connaît, Dundas s’éloigne des médias grand public en réponse à ce qu’elle estime être une représentation inéquitable et des cas de racisme envers les Noirs, tant dans le contenu que dans le milieu de travail; d’autres journalistes par ailleurs, luttent contre le racisme de l’intérieur.

Soutenir les médias dirigés par des Noirs

En 2013, Dundas a fondé le magazine électronique canadien, ByBlacks.com, conjointement avec son partenaire Roger Dundas. Ensemble, ils s’engagent à soutenir les jeunes leaders noirs en devenir dans le domaine des médias. Le couple travaille avec la Canadian Association of Black Journalists (CABJ), comme instructeurs dans le nouveau programme Media Startup Bootcamp, où ils transmettent leur expertise et leur sagesse aux jeunes journalistes, rédacteurs et créateurs de contenu pour les aider à offrir des voix plus diversifiées dans les médias en ligne.

Lancé en novembre dernier avec le soutien du Groupe Banque TD (la TD), le programme annuel de trois semaines vise à augmenter le nombre de créateurs de contenu et d’entrepreneurs issus de la communauté noire, en les dotant des outils et des connaissances nécessaires pour développer et lancer leur propre plateforme. La TD, commanditaire exclusif de services financiers du programme Media Bootcamp Startup, s’est engagée à verser 200 000 $ sur trois ans, consacrés en grande partie au financement de ce programme et à celui d’un programme de subvention pour entreprises en démarrage.

Les étudiants du programme Media Bootcamp Startup découvrent le leadership dans le domaine de la rédaction, apprennent à créer leur propre site Web et reçoivent une formation sur les pratiques gagnantes relatives au référencement et aux médias sociaux. Ils obtiennent aussi un aperçu des principes de base des affaires, tout en apprenant à monnayer et à gérer leur plateforme.

« Ce programme a été créé pour combler un besoin, dit Nadia Stewart, directrice générale de la CABJ.

Le travail de Roger et de Camille à ByBlacks.com nous a inspirés; nous avions grand besoin d’autres plateformes comme la leur qui soient dirigées par des Noirs, de nouvelles sociétés de médias en démarrage qui célèbrent la diversité de nos communautés et dressent un portrait authentique de la vie des Noirs. »

Aux États-Unis, 77 % des employés des salles de rédaction sont des Blancs non hispaniques, selon une étude du Pew Research Center publiée en 2018 d’après les données du Census Bureau des États-Unis. Stewart affirme qu’on ne possède actuellement aucune donnée statistique sur la diversité dans les médias canadiens.

« Par notre programme Media Bootcamp Startup, nous comptons accroître le nombre d’entreprises de médias numériques en démarrage exploitées par des Noirs au Canada afin que les journalistes noirs puissent donner l’exemple », affirme Nadia Steward.

Un espace sécuritaire de rencontre et d’épanouissement

Jode-Leigh Nembhard faisait partie de la première cohorte du programme Media Bootcamp Startup alors qu’elle était sur le point de lancer Tonedmag.com, un magazine en ligne à la croisée des enjeux raciaux, de l’art et de la culture qui amplifie les histoires des Canadiens noirs.

« J’ai eu de la difficulté à trouver des espaces journalistiques qui me représentent et représentent les histoires que je voulais raconter, dit Nembhard.

Ce programme répondait à toutes mes attentes : une communauté de créateurs de contenu et de formateurs tous issus de la communauté noire, qui nous permettaient de nous rencontrer et de nous soutenir mutuellement, un espace sécuritaire dans lequel nous pouvions poser des questions auxquelles nous ne pouvions trouver réponse ailleurs. J’y ai aussi appris des outils réels et pratiques qui ont contribué au succès de mon magazine. »

Photograph par Stanley Collins


Matthew DiMera, fondateur de theresolve.ca, rédacteur en chef et journaliste primé, faisait aussi partie de la première cohorte du programme.

« En général, le journalisme est un milieu très blanc, voire complètement blanc. C’était donc formidable de rencontrer des journalistes noirs comme Camille Dundas qui ont su se frayer un chemin, et d’en recevoir un enseignement », dit-il.

En plus d’acquérir de précieuses connaissances techniques et pratiques, DiMera a aimé être inspiré par la communauté élargie de ces créateurs et faire l’expérience de s’encourager les uns les autres.

« J’adore le journalisme; c’est ma passion. J’ai dû quand même me battre tous les jours juste pour négocier un espace, dit-il.

J’en étais arrivé à un point où je gaspillais mon temps à convaincre les médias de changer. J’estimais qu’il serait plus productif de créer quelque chose de nouveau afin de faire le travail que j’ai toujours voulu : célébrer, canaliser et faire entendre les voix et les histoires des Noirs, des Autochtones et des communautés racialisées. Je lance mon site cette année et j’espère que le programme Media Bootcamp Startup m’a aidé à créer un terrain fertile pour sa croissance. »

L’importance de l’appropriation

Pour bon nombre de journalistes qui participent au programme Media Startup Bootcamp, les événements historiques de 2020 – notamment l’assassinat de George Floyd et la vague de protestations du mouvement Black Lives Matter qui s’ensuivit – soulignent la nécessité d’accroître la diversité dans les médias.

« Nous avons besoin de nous demander qui raconte ces histoires, affirme Nembhard. La littérature et l’art peuvent aider la prochaine génération à comprendre ces moments cruciaux de l’histoire; il est donc important pour nous de nous approprier le récit de nos histoires, et de notre histoire. »

De l’avis de DiMera, « lorsqu’il est question de racisme et de la violence que subissent les communautés noires, la seule différence découlant des événements de l’an dernier fut de conscientiser notre société élargie. »

DiMera ajoute : « Des médias diversifiés et exploités par des Noirs feront en sorte que ces histoires ne seront pas racontées uniquement en février parce que c’est le Mois de l’histoire des Noirs, mais qu’elles le seront tant que les problèmes ne seront pas résolus. »

Pour Dundas, lorsqu’il s’agit de personnes noires, le ton trop souvent adopté dans la couverture médiatique oppose fatalement le pouvoir et la douleur. Et pourtant, le programme Media Bootcamp startup lui fait entrevoir une lueur d’espoir pour l’avenir.

« Plus de la moitié des participants au programme ont lancé leur propre plateforme de médias, dit-elle.

Cette jeune génération est prête à prendre le relais et accomplira de bien grandes choses. »

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